Au fil du Mékong

Ce fleuve, je vais l’enjamber après la Thailande, le laisser derrière moi à Vientiane, glisser sur ses remous à Luang Prabang et le suivre dans les montagnes du Nord, et qui sait, peut-être le retrouver au Tibet ?

Une Sampan sur le Mékong au Nord de Luang Prabang

12 juillet 2024 – Frontière Thaïlande à Laos, ville Nong Khai, Pont de l’amitié n°1

Au petit matin, je roule sous le soleil, fait rarissime, sur cette piste cyclable qui serpente jusqu’à la hauteur du pont de l’Amitié, et qui enjambe le Mékong, frontière naturelle entre la Thaïlande et le Laos.

J’imagine les innombrables méandres qui ont mené cette particule d’eau en provenance du haut plateau tibétain, jusqu’ici au Laos. Rien qu’en regardant ce fleuve, je me regonfle de motivation pour rejoindre la source du Mékong, l’Himalaya, où tous mes efforts convergent.

Imaginez un instant être cette goutte d’eau. Parcourir paisiblement la partie Est du haut plateau tibétain, avant de dévaler et d’éroder les vallées les plus profondes du Yunnan en Chine, où ils l’appellent Lancang « Eau Turbulente ».

En fait, je pédale exactement dans le sens inverse à la petite goutte d’eau. Elle ira rejoindre l’océan après d’innombrables rapides, cascades et barrages chinois, après avoir bordé la Birmanie et le Laos, elle se jettera 4 880 kilomètres plus bas, où son voyage se terminera sur la côte sud du Vietnam.

Mon voyage pourrait ressembler à un fleuve, et moi je suis une minuscule branche de bois flottant, ayant une drôle de forme. Une forme qui peut autant surfer dans les rapides et donc parcourir soudainement un pays ou deux, mais aussi une forme biscornue qui peut aussi se coincer quelque temps au détour d’un tourbillon, d’une barre sableuse ou d’un village.

Et puis, la branche repartira avec la prochaine pluie forte, ou grâce à ce gamin, qui la trouve et la lance depuis la rive du Mékong quelque part au cœur du Laos.

Ce fleuve, je vais le laisser derrière moi à Vientiane, glisser sur ses remous à Luang Prabang et le suivre dans les montagnes du Nord et qui sait, peut-être le retrouver au Tibet ?

Entrée incognito au Laos

La vie est sinueuse, et au Laos, j’en ferai pleinement l’expérience. Depuis le pont de l’Amitié, j’aperçois les drapeaux laotiens, je ralentis pour mieux admirer en contre-bas ce fleuve marron, si puissant. Au bout m’attend le poste-frontière, mais il y a un truc qui cloche. J’ai contourné sans le vouloir le poste de sortie de la Thaïlande !

Situation Cocasse, car en faisant demi-tour, on peut imaginer la tête du militaire thaïlandais, voyant débarquer un vélo côté laotien, qui prétend ne pas venir du Laos, et qui n’a ni visa Laotien, ni tampon de sortie de la Thaïlande. Oups. Après quelques explications sur leur super piste cyclable qui évite le poste frontière, le douanier m’offre le tampon de sortie et me voilà à nouveau sur ce pont.

Je jubile de passer une nouvelle frontière terrestre à vélo. C’est toujours le même sentiment qui me frappe, dès l’instant où je passe le portique officiel de bienvenue, passeport en poche, visa sur la nouvelle page, et la route devant moi. Dans ses moments importants du voyage à vélo, j’appuie fort sur les pédales le cœur gonflé à bloc.  

Ce ne sont pourtant que quelques mètres de l’autre côté d’une barrière inventée par l’homme, mais les drapeaux, les douaniers, les populations transitant chargées de bric-à-brac, tout cela contribue à un sentiment d’excitation et de liberté.

Passer une frontière à vélo est tout un symbole. C’est bien encore possible, de parcourir le monde sur une simple bicyclette, mais je ne sais pas encore pendant combien de temps ce le sera.

En tout cas, ici et maintenant, je me sens avancer sur le bon chemin et dans la bonne direction. Et cela, précisément, ne m’était pas arrivé depuis un sacré bout de temps.

Chèvres & Poussière

Quelque part entre Vang Vieng et Luang Prabang

J’aurais dû me renseigner un peu plus sur le Laos, car personne ne m’avait prévenu qu’ici la conduite passe immédiatement à droite. À contresens, je roule à la Thaïlandaise et mon unique rétro n’est plus du bon côté. Je râle après moi-même ! Les voitures qui me font face tolèrent quelques minutes ma naïveté.

Je découvre vite qu’ici, il n’est pas coutume d’utiliser les clignotants, qu’il est préférable de tourner sans prévenir et sans regarder, en forçant le passage même face aux piétons ou aux camions. Mon mantra sera : « Prépare-toi à ce qu’il tourne ».

Quand ce ne sont pas les vaches, ce sont les chèvres qui grignotent tout et n’importe quoi sur le talus ou au beau milieu de la route. Le talus a vite remplacé les trottoirs, et la terre battue remplacée les belles routes cyclables de Thaïlande.

Tout ce qui existe à proximité de la route est recouvert d’une fine couche de poussière rouge, même les magasins sont envahis. Sans devanture, ils s’exposent à la cohue semi-permanente qui caractérise la vie au Laos.

Corruption

 J’évite avec soin la capitale qui est juste à côté du poste-frontière. Vientiane est moche de loin comme de près, alors, je tiens mes distances et j’ai prévu de couper par un parc immense avec une petite route très calme. (Ironie du sort, j’écrivais ces lignes ne sachant pas encore que j’y reviendrai de toute urgence et pendant quinze jours).

À l’entrée du Parc, un mec en uniforme et képi, me regarde arriver l’air médusé. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens d’avance qu’il va prendre tout son temps pour m’embêter. Il est seul sous son portique, le hamac planqué dans sa pièce à vivre, et il doit se dire que la fille à vélo bizarre, sera sa bonne poire. Eh bien, il se fourre le doigt dans l’œil.

Ça commence par aucun bonjour et un froid « vous ne continuez pas ». Je demande des explications, qu’il est bien sûr incapable de me fournir, mais son képi et ses épaulettes dorées doivent certainement justifier son propos. Ce n’est pas de bol, les uniformes ne me font aucun effet sauf celui de me braquer.  

Je garde mon calme et me convins de ne pas me fâcher avec un officiel, dès les premières minutes dans un nouveau pays, surtout après mon couac à la frontière Thai. Après dix minutes, je mufle intérieurement, ce petit jeu a assez duré, les regards et silences autoritaires sans justification, ce n’est pas mon truc.

Je décide de la jouer débile. Je fais semblant de faire demi-tour et hop, j’entre dans le parc, sans me retourner, sans entendre ses cris, et pas de bol pour lui, il est à pied, et moi à vélo couché, je trace à 30 km/h. Je vérifie à la tête des passants que la circulation est autorisée, les tuk-tuks circulent. Tout est okay. Vraiment, je ne comprendrai jamais pourquoi ce képi-épaulettes avait décidé de me barrer la route. Il parait que le Laos est le pays d’Asie du Sud-est le plus corrompue, classé 130ème sur 180 en 2023, ça promet.

J’ai rencontré à plusieurs reprises des faux billets qu’on essayait de me refourguer en me redonnant la monnaie. Je dois avoir la tête du touriste imbécile pour que ça tombe souvent sur moi, mais ce n’est pas compliqué de remarquer l’absence des lignes verticales et le changement d’allure du billet.

C’est amusant de les prendre aux pièges, car tout d’un coup, le type disparaît derrière le comptoir, le billet également, puis quelques minutes plus tard, une autre personne apparaît, comme si de rien n’était. On ne peut ni revoir le faux billet, ni l’individu précèdent.

Pour terminer ce premier jour au Laos, je quitte la région de la capitale et un pick-up s’arrête à mes côtés, c’est le président du club de vélo du Laos, il s’appelle Thong. Je suis scié, car ça me rappelle Prof. Thong, le président du club cyclisme en Thaïlande. À la différence de l’accueil incroyable thaïlandais, ce monsieur prend son selfie et se barre. Dommage.

De Vientiane à Vang Vieng

Depuis juin, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à ma mère et à sa mort. En Malaisie et en Thaïlande, cela me remplissait encore d’une colère immense et d’une tristesse qui me serrait la gorge. Cela m’arrivait d’en pleurer spontanément sur mon vélo.

Au Laos, je réalise que tout cela s’espace, que le temps et mes efforts font leurs œuvres, et j’arrive à me souvenir davantage du sourire de ma mère plutôt que de sa maladie. 

Le moral donc suit les courbes du relief qui d’emblée prennent l’allure d’un grand huit. Vers le village de Hin Hoeup, le paysage se découvre malgré une pluie ambiante. J’admire à chaque coup de pédale les belles rizières verdoyantes. Heureusement, que c’est vert avec la quantité de flotte qui tombe.  Le dénivelé chauffe bien les cuisses, mais les quelques rares points de vue font oublier la montée.

J’arrive à Vang Vieng, une petite ville entourée de pics calcaires acérés. C’est spectaculaire, mais très embêtant pour le parapente, car il n’existe aucun replat là-haut pour décoller. Dans l’espoir de dégourdir mon aile (j’en étais convaincu), je m’amuse à parcourir un peu tous les pics du coin atteignables par des petites randos bien verticales, encore sous la flotte.

J’aurais dû m’entraîner à l’avance pour gonfler mon parapente comme un bouchon (à la main et en l’air) et sans espace au sol, car la plateforme sur laquelle je m’acharne mesure seulement deux mètres de large et comporte une belle barrière à franchir et le vent est inexistant. C’est un nième demi-tour, sans vol.  

Le courage m’abandonne et je n’ai pas du tout envie de repartir sous la pluie et dans les montagnes. Je profite du coin avec des nouveaux copains, Marco l’italien, et Aline l’Autrichienne, ainsi que Camille et Emilie du Vercors. Finalement, à force de rester dans le coin, je croise les membres du club local de vélo, qui me font la conversation au bord de la route. Pour me redonner du courage, je demande si l’un d’entre eux souhaite m’accompagner sur ma prochaine étape que je repousse depuis une semaine. Ce sera Changso, un quinqua en lycra, qui se portera volontaire. On fixe la date au lendemain matin, et ça me donne un peu de baume au cœur face au dénivelé qui m’attend.

Avec Changso jusqu’à Kasi.

  • Repartir seule

Changso est Lao-Coréen, il porte à merveille son cycliste moulant à 6h du matin, avec une gourde d’environ 33 cl et un vélo de route pour la course et le macadam. Il va certainement tailler la route comme une fusée. Je le préviens tout de suite, avec ma charge, je ne vais pas envoyer des pointes dans les montées. Je ne parle ni laotien, ni coréen, et il ne parle pas un mot d’anglais, mais il me raconte plein de trucs. Il nous mitraille avec son téléphone, m’offrant quelques rares photos et vidéos de moi dans les montagnes du Laos.

Changso avance rapidement, en aller-retour, j’apprécie sa compagnie rigolote malgré notre incompréhension totale. À huit heures, il réclame une pause, au pied d’une côte. Malheureusement, si je m’arrête, ça me casse les pattes, repartir est dix fois plus dur. En plus, quand je vois une côte, je n’ai pas pour habitude d’attendre en bas. Et enfin, je n’ai ni besoin de café, ni de pause clope à l’inverse de mon compagnon de route. Je continue et le laisse faire sa pause, en me disant qu’avec un physique autant affuté, il va me rattraper dans un quart d’heure.

Que nenni ! Les pentes se raidissent et frisent les 18 %, mais toujours personne dans mon rétro. À vélo couché, il ne faut pas s’arrêter, si non, l’équilibre précaire du départ vélo chargé est vraiment un calvaire sur du gravier. Je ne reverrai plus Changso jusqu’à midi à l’arrivée à Kasi, persuadé qu’il avait fait demi-tour.

Pas du tout, le bonhomme a continué, mais avec ces pneus fins, il a évidemment crevé. Après réparation dans un boui-boui, il n’a jamais réussi à me rattraper. Je lui paye le déjeuner, il fume sa clope et repart dans l’autre sens. Avec peut-être la cinquantaine, c’est une belle journée qu’il aura dans les pattes. De mon côté, je suis encore en forme et j’entame l’itinéraire du lendemain vers Phoukoum.

Des gros trous, des gros trous, toujours des gros trous

Dans les hameaux à flanc de montagne, je grimpe comme un escargot, et les gamins me rattrapent en se dandinant au pied de mon vélo. Je dois être à moins de 5 km/h. Je ne vais pas aller loin à ce rythme et surtout pas arriver avant la nuit à Phoukoum et l’orage se renforce.

Dans la descente suivante, je roule un peu vite emportée par l’enthousiasme. La pluie battante m’empêche de distinguer longtemps à l’avance les trous béants, mais je crois à ma chance… raté. Dans cette route défoncée, ma roue avant disparait tout d’un coup. Mes portes bidon et tout ce qui gravitait autour, sont sectionnés puis projetés en l’air. Ma roue reste dans le trou, il pleut toujours bien sûr.

Dans ces moments-là, ce n’est pas drôle. J’essaye de récupérer les bouts de bidons à droite à gauche, avant que les camions chinois, qui sur-fréquentent cet itinéraire, ne finissent de les pulvériser. Ma roue semble un peu amochée, la nuit tombe, ce n’est pas le moment de traîner ici.

Je fais du stop, une camionnette m’embarque avec mon vélo entres des tôles d’aluminiums. Les deux jeunes conducteurs doivent à peine avoir quinze et vingt ans, discrets, timides et surtout ne parlent que Lao. Après une heure de route montagneuse, ils me larguent sous le même déluge, mais devant la seule auberge chinoise du village. Très heureuse d’avoir un toit, la moisissure des murs et celle des draps sont des détails, car je prends vite mes aises pour faire sécher mes affaires et réparer ! 

Luang Prabang

  • Un soir à Luang

Après quelques jours, je retrouve le Mékong, qui arrive au centre du Laos et contourne la colline sacrée de Luang Prabang. L’auberge dans laquelle je m’installe est à deux étages, plafonds bas, tout en bois et les fenêtres sculptées n’ont pas de vitre, comme toutes les maisons ici, ce sont de simples persiennes en bois qui font office de protection contre la pluie. Le matin, les odeurs d’encens traversent la maison, le soir, la vie reprend après la pluie.

Le consulat chinois va me permettre d’anticiper ma demande de visa, un peu technique pour les voyageurs à vélos entrant en Chine par la terre (j’y reviens dans un futur poste). Ce sont quatre jours de préparation à la soumission de ma candidature, puis cinq jours d’attente, et enfin cinq jours avec une grippe (bizarre avec 28°C et 100% d’humidité).

Pendant ce temps, je découvre qu’il fait bon vivre à Luang Prabang. D’abord, il y a du pain, et des vrais croissants. Je goute le Laap de Buffalo, ainsi que le thé de ver à soie. En fait, c’est l’infusion de leurs crottes. Je découvre les salades de coriandre fraiches, de feuilles de moutarde-cannelle, de Pak Kao Tong (feuille acidulée aux notes de menthe). La cuisine Luang Prabang plus raffinée que ce qu’on peut trouver dans les bouis-bouis du reste du pays, les nouvelles saveurs sont incroyables.

  • Plein d'idées pour planter dans mon futur potager et cuisiner à la laotienne !

À l’aube, les moines en tenue orange font l’aumône dans les ruelles. L’ambiance de la ville incite à se lever tôt, et à prendre le temps de méditer avant de commencer sa journée. Si on fait abstraction des touristes qui pourchassent les moines avec leurs smartphones, on peut dire que globalement la ville est très sereine. J’apprends la teinture traditionnelle au curcuma, à l’indigo et à la graine de l’arbre Annato avec des Laotiennes tisserandes.

Cela me rappelle le couple de warmshowers, Anne-Marie et Bernard, qui m’avait accueilli dans le Vercors, juste après le grand départ de la Savoie, et dont leur fille a séjourné au Laos dans un village perdu dans les montagnes pour se former à la teinture et au tissage ! D’ailleurs, Anne-Marie et Bernard méditaient tous les matins et ils m’avaient transmis quelques références de lectures sur le bouddhisme, dont Plaidoyer pour le Bonheur et Du bonheur, un voyage philosophique, entre autres.

Des Ourses et des Elephants

Le temps d’obtenir le visa chinois et de me remettre de la grippe et d’une fièvre passagère, je fais colocation dans l’auberge avec deux Chinoises, adorables, Amy et Erii, avec qui nous garderons contact jusqu’à se revoir à Chengdu dans le Sichuan. Elles m’aident à installer et à initialiser les applications chinoises, qui d’après elles, sont indispensables à la vie en Chine. Cela se révélera utile à mon arrivée.

Au temple du Mont Phousi, je revois par hasard une personne que j’avais rencontré sur l’île faussement paradisiaque de Kho Phi Phi. Ce pilote d’Alaska aura la bonne idée de m’embarquer pour une navigation sur le Mékong et une balade aux cascades de Kuangsi, ressemblant à celles de Plitvička en Croatie (voyage avec ma sœur en 2012). En plus de se baigner dans tous les bassins d’eau turquoise, nous découvrirons le passage secret pour arriver à la vasque suspendue de la plus haute chute de Kuangsi, dans laquelle un petit groupe, ayant aussi traversée la jungle pour arriver là, nous offrirons une bière bien fraîche à siroter dans ce paradis ! Improbable.

Luang Prabang est l’ancienne capitale du Laos, surnommée le pays aux mille éléphants (Lan Xang). J’ai bien eu du mal à croire qu’en plus des éléphants et des singes, les forêts abritent aussi des loutres et des ours noirs d’Asie. Malheureusement, malgré tout le temps que j’ai passé au Laos, je n’ai jamais aperçu ces animaux à l’état sauvage. Par contre, j’ai pu les observer au refuge géré par l’asso Free the Bear, qui notamment en mars 2024 avait découvert 17 oursons captifs à Vientiane, qui sont désormais en semi-liberté dans ce espace naturel à Kuangsi (pas assez grand à mon sens).

Depuis la Thaïlande, où j’avais aperçu de loin un troupeau d’éléphants, je rêvais de pouvoir m’approcher de ses animaux. J’ai provoqué la rencontre avec deux femelles éléphants, en m’offrant une journée de volontariat dans un minuscule centre de préservation. Ces deux géantes ont été rachetées à des propriétaires peu scrupuleux, qui les « utilisaient » pour être montées toute la journée par des hordes de touristes, puis attachées à un enclos toute la nuit, comme on peut encore voir à côté de Luang Prabang. Les deux femelles sont libres de se balader le long du Mékong sur les terres de l’asso (semi-liberté). Leur peau est rugueuse et poilue sur la tête, leurs yeux rieurs et espiègles. Je n’oublierai jamais l’impression d’être si minuscule à côté d’elles, et la délicatesse de leurs mouvements, lorsque nos pieds respectifs se touchaient presque dans le Mékong – totalement impressionnantes.

Cette rencontre clôture mon passage à Luang Prabang et j’obtiens donc le nouveau visa chinois de 30 jours afin de me remettre en route vers le Nord.

Bivouac qui pique au Nord du Laos

Ma tente dans la cahute

Je n’en sais encore rien quand je reprends la route, mais il va m’arriver un sacré coup de bambou au Nord du Laos en direction de la Chine. C’est le 5 août, et je pense passer la frontière chinoise dans trois ou quatre jours. Parfois, je longe le Mékong dont les d’immenses courbes majestueuses s’entourent des rizières, parfois, je grimpe des côtes interminables. C’est un horizon vert infini de montagne.

Le beau temps est revenu, les petits villages paisibles sont des hameaux de tôles et de ciment, avec des murs en bambou tressés, toujours coincé entre la montagne et la route. Les enfants jouent sur la route, souvent à quelques centimètres des roues des camions chinois qui dévalent le Laos vers la Thaïlande. Leurs yeux émerveillés traduisent leur authenticité, alors que le regard de l’adulte se fait parfois plus dur à mon égard.

Les après-midis, c’est toujours la même cérémonie, je change de tenue, car le soleil mort ma peau malgré la crème solaire : lycra me couvrant complètement, buff jusqu’au nez, douche froide habillée avec l’eau du Mékong, casque et lunette de soleil.

Vers le village de Pak Monk, je trouve un bivouac dans une petite cahute suspendue au-dessus d’une rizière. À proximité, se trouve une rivière où je me baigne le soir avec les gamins du coin, ainsi qu’un monastère qui me permet de laisser mon vélo la nuit sans surveillance. Je m’installe au frais dans ma tente pour dormir à vingt-et-une heure, comme les Laotiens.

Sauf que quelques minutes plus tard, deux types débarquent devant la cahute. Avec ma tente fermée, ils ne peuvent pas savoir si je suis dedans ou pas, je fais la morte. Ils s’en vont. Puis, ils reviennent avec d’autres personnes qui cette fois parlent anglais : « Miss Miss, this is the monk from the temple, it is dangerous here, come with us ».

Je comprends que les moines étaient inquiets pour la blanche qui dort dans la rizière peinarde, et j’ouvre la tente. J’essaye de leur expliquer que je suis très heureuse dans ma tente et qu’il ne m’arrivera rien, comme les dernières fois partout au Laos, mais ils n’en démordent pas. Après une longue discussion, je vois bien qu’ils ne comprendront pas ma démarche, le fossé de culture est trop grand, alors je décide d’accepter leur invitation comme une nouvelle aventure, même si je préférais dormir à cette heure-là et ne pas remballer ma tente de nuit avec les moustiques (Moustiques…Point important pour la suite de l’histoire).

Les moines sont adorables, je suis installé dans le temple, avec un petit ventilateur et le lendemain servi avec un petit-déjeuner copieux : riz, poissons entiers, piments hyper piquents, lait. Ça me tord les boyaux, mais comment refuser ? Je reprends la route un peu fatiguée et le ventre gargouillant.

Dans la matinée, une fatigue et des vertiges me prennent, le ciel est couvert et pourtant, j’ai la tête brûlante. Je me demande ce qui m’arrive. Je mets cela sur le compte du petit dej. Je dois m’allonger au bord de la route pour que cela passe, mais ça ne passe pas.

Premiers signes

Quelque part entre Luang Prabang et la frontière chinoise

Je roule comme un zombie, avec en plus du package précédent, un mal de tête carabiné qui me fait fuir la lumière. Je trouve un arrêt de bus et demande les horaires pour arriver à la prochaine ville Na Mor. Le nom de la ville (Mort = the death in french) fait peur et ça reflétera ce qui va s’y dérouler.

« Le bus est chargé sur le toit du vélo ». C’est à peu près ce que je me dis, car je ne réfléchis plus normalement. À chaque virage, je prie pour ne pas devoir faire caca sur moi. Finalement, le bus s’arrête au col, tout le monde descend pour aller derrière une baraque abandonnée sans intimité, les unes pissent, les autres font caca et moi, j’ai la diarrhée, youpi, les joies du voyage.

Le bus me déposera comme un paquet au centre du village de Na Mor. Je ne sais pas trop où je suis, j’ai l’impression qu’il fait 45° dégréé, je remonte le dérailleur et les éléments du vélo que j’avais protégés avant le bus, et je me mets en route en mode survie pour trouver une chambre et me reposer.

Heureusement, je tombe sur une auberge avec une propriétaire hyper gentille. En mode survie allongé sur le lit, en regardant le plafond, je fais le bilan, la frontière n’est qu’à trente kilomètres, mais je suis bien incapable de traverser, je ne sais pas ce que j’ai, ça s’empire. Il ne vaudrait mieux pas finir dans un hôpital chinois avec un visa très compliqué à renouveler, et qui compromettrait mon passage au Tibet chronométré.

Je suis transparente avec ma sœur au téléphone, qui me conseille à tout prix d’aller voir un docteur le soir même. La gérante de l’auberge trouve un ami d’ami qui peut me déposer au dispensaire du village. Et là, l’enfer devient bien réel.

Revoir la mort à Na Mor

Le Laos a deux facettes, une sombre et une généreuse

Le dispensaire est à vingt minutes de route de Na Mor, les chemins de glaise sont défoncés. Pourquoi ont-ils donc construit un dispensaire aussi loin du village ? Il faut une éternité aux villageois pour arriver jusqu’ici, et seulement s’ils ont la chance d’avoir une voiture.

Le chauffeur repart, me laissant dans un bâtiment dans la jungle, des pièces immenses, mais vides, des rares patients errants dans les dortoirs ouverts. Personne ne parle anglais, je n’ai pas mon portable pour traduire, et l’accueille est déserte. Je reste un temps par terre pour regagner de la force et traverser les salles à la recherche d’un personnel médical.

Une infirmière arrive et j’essaye d’expliquer mes symptômes en mimant. On me tend le téléphone fixe pour parler à un docteur qui aligne parfois deux mots d’anglais. Suite à quoi, je reçois une injection de « je ne sais pas quel produit » et des sachets de poudre pour me réhydrater. Assise un lit, on me dit d’attendre et j’espère revoir l’infirmière pour comprendre ce que j’ai, ce qui n’arrivera jamais. 

Les symptômes empirent, douleurs musculaires, nausées, début des vomissements et les vertiges continuent, je me décompose sur ce lit en cuir noir, et je commence à avoir peur. Je comprends qu’ici, rien ne pourra se solutionner, il faut absolument que me sorte de ce trou, pour aller faire des analyses ailleurs, mais je n’en ai plus la force.

Soudain, des cris de désespoir traversent le dispensaire, puis la cohue se rapproche. Deux parents et la famille, rentrent dans la salle immense. L’infirmière court derrière. Une mère et un père portent chacun un enfant à bout de bras, qu’ils déposent sur le lit d’à côté, inanimés. Je retiens mon souffle face à cette horreur, face à leur panique et à la douleur immense des parents. Un autre infirmier se fraye un chemin à travers le groupe et tente un massage cardiaque à la petite fille. De la mousse sort de sa bouche. Le garçon du même âge, de l’autre côté, attendra faute de personnel. La maman n’a de cesse de toucher sa fille avec des gémissements brisants un cœur instantanément.

Je reconnaissais le tourbillon de la peur qui entraîne dans un désarroi profond et sans aucune issu. Le même que nous avons dû traverser avec ma sœur en serrant la main de ma mère. Le massage cardiaque n’est pas mené en continu, ils s’occupent à moitié du garçon puis de la fille, et je sens leurs petites âmes laisser un vide dans la pièce, alors que tout le monde s’agite encore, personne ne peut voir une réalité trop dure à accepter, mais c’est déjà fini.

Dressée contre le mur opposé, totalement figée. Les larmes ne sont rien face au pire pour cette maman et ce papa. Je ne peux ni quitter la pièce, ni aider, pétrifié.  

Un cauchemar

Les corps sont déplacés, la pièce se vide. Dans le fond de la salle, je n’avais pas encore remarqué une autre famille avec un nouveau-né minuscule dans les bras de sa mère, le père fumant une cigarette au bord du lit, et les grands-parents cuisinant à même le sol avec un camping gaz.

La nuit est tombée, l’absence de fenêtre et la lumière blafarde des néons attirent les bestioles à l’intérieur, et de grandes sauterelles s’agrippent au mur du dispensaire.

Je crois être perdu dans une pièce de Ionesco, totalement absurde, les quelques infirmiers commencent à attraper les sauterelles, sans se préoccuper des patients. Après un saut pour en attraper une, ils bourrent l’animal à l’intérieur d’une bouteille en plastique puis recommencent. En quelques minutes, la bouteille est pleine et les infirmiers quittent le bâtiment. Deux gamins sont morts, les patients errent et c’est la chasse aux sauterelles, le cauchemar éveillé. Je dois me sortir d’ici.  

Ma perfusion à la main, je cherche quelqu’un pour me faire sortir. En marchant, j’inverse sans le vouloir le sens de l’écoulement de la perfusion et le sang remonte dans le bocal. Ne trouvant personne, j’arrache la perfusion moi-même et je sors du dispensaire. Nuit noire sur la jungle, pas de voiture, pas de moto.

Je reviens à l’intérieur et ouvre toutes les portes pour trouver du personnel. Deux infirmières arrivent, mais me font comprendre qu’il n’y a plus de possibilité de quitter le dispensaire et elles se mettent à rire. Je suis alors totalement décontenancée, cela me glace le sang. Elles rient encore en me regardant, elles rient d’un rire étrange et oppressant, je suis dans l’incompréhension la plus totale.

La colère et le ras-le-bol de la folie humaine qui règne ici me monte à la gorge, je la prends brusquement par le bras, secoue l’une, en aboyant en anglais, « find your boss NOW ». Elles ne doivent pas comprendre un mot, mais à ma tête, elles se sont arrêtées de rire, l’une part chercher un homme, qui arrive avec un pick-up, et nous partons dans la nuit. J’apprendrai plus tard que le rire face à des touristes blancs malades est une réaction commune au Laos.

Malheureusement, ce cauchemar est une réalité permanente pour les Laotiens des vallées reculées, mieux vaut ne pas tomber malade.

Le réseau d’amis, des anges gardiens

Cette nuit-là, je ne savais pas encore ce qui m’arrivait, la fièvre augmenta, malgré tout ce que j’ingurgitai de ma pharmacie personnelle, chaud, froid, et hallucination auditive. Pour me rassurer, je communique avec le professeur Thong, de Thailande, qui m’avait dit, « Si tu as un souci grave, n’hésite pas ». Il me parle de la dengue, du paludisme et des stats pourtant très faible de les attraper au nord du Laos. Il m’oriente vers le prochain train et l’hôpital de Vientiane à l’autre bout du pays. 

À six heures du matin, la fièvre est tombée. Chan, la jeune aubergiste est mon ange gardien, malgré qu’elle ne parle pas un mot d’anglais, elle comprend parfaitement la gravité de la situation, je peux laisser mon vélo chez elle, et trouve un taxi pour rejoindre la gare à quelques kilomètres de là.

En attendant à la gare de Na Mor, je reçois un message d’un warmshower Australien, Brian, qui m’avait accueilli à Broken Hill en Australie et dont le fils, Tom, a fait le tour de l’Australie en skateboard pour collecter des fonds et construire un skate-park à Vientiane au Laos : « Hey Sandrine ! This is Tom. Brian’s son. He said you are traveling in Asia atm. If you’re ever in Vientiane Laos, you are more than welcome to stay at my Airbnb free! […] Let us know if you ever need any help around Asia ».

C’était la coïncidence la plus improbable de cette partie du voyage. J’explique immédiatement le souci à Tom, qui m’aidera à distance en me donnant toutes les infos et les lieux pour obtenir un diagnostic et un logement avec sa compagne, Noy, qui m’accueillit à Vientiane.

Après sept heures de train, une heure de tuk-tuk, me voilà à 22 heures à Vientiane, chez Tom et Noy, prête à me rendre à l’hôpital le lendemain. Heureusement que cette ligne ferroviaire a été construite (par les Chinois) pour désenclaver les villages du nord du Laos. D’ailleurs, dans mon wagon, je n’étais pas seule à être malade, d’autres étaient en route pour recevoir des soins.

Retour à la case départ

La fièvre repris quand j’arrive à l’hôpital (Kasemrad) de Vientiane. En une heure, le diagnostic tombe, j’ai la dengue. Mon état se dégrade rapidement, mais je suis finalement assez rassuré, car je suis entre de bonnes mains.

Cet hôpital privé est thaïlandais, bien qu’étant au Laos, les locaux et équipements sont flambant neufs et le nombre de personnel médical me surprend en comparaison, d’une part, au désert médical du nord, et d’autre part comparé au triste état de nos hôpitaux en France abandonnés par l’état.

Au total, je resterai neuf jours au dernier étage de l’hôpital, porte fermée, en n’ayant eu qu’une unique visite, celle de Noy. C’est ainsi quand on tombe malade loin de chez soi. Je n’étais pas à plaindre, mais j’avais le moral dans les chaussettes, surtout sans savoir si j’allais totalement récupérer ma santé d’avant, et de sentir s’éloigner le rêve de l’Himalaya.

Les petites bêtes ne mangent pas les grosses ?

Pour une simple piqûre de moustique, certainement lors de l’histoire avec les moines, me voilà à l’hôpital. Ce petit moustique de m****, c’est le moustique tigre (corps avec des petites taches blanches et noires), qui transporte ce satané virus de la dengue dans sa salive.

Petit à petit, je glane des infos auprès de la docteure, certes très professionnelle, mais qui n’a pas l’habitude d’une patiente qui cherche à comprendre ce qu’elle ingurgite, et ce qui se passe dans son corps. À mes questions, j’obtiens la réponse « À prendre trois par jour pour aller mieux ».

En fait, il n’existe pas de traitement spécifique contre la dengue. Les symptômes associés à la maladie sont traités avec des antalgiques et beaucoup de patience.

Je n’ai plus la force d’écrire, de lire, ni de parler longtemps au téléphone, le niveau de concentration est nul, puis intervient la perte de notion du temps. Une heure semble une éternité, puis je crois être jeudi alors qu’on est déjà samedi. On me donne des hormones pour retarder l’apparition de mes règles qui pourraient compliquer mon état de santé dans ce contexte hémorragique. Les hormones bouleversent mon humeur, parfois j’ai comme un voile obscur qui s’abat sur mon mental, je peux être déprimé, avoir envie de tout abandonné, et ressentir une solitude extrême. Et du jour au lendemain, tout redevient neutre, normal, je vois le soleil qui brille dehors. Et rebelote.

Chronologie

Jour 1 à 4 : La dengue a été dans mon cas une fièvre oscillante en quelques heures entre 40 °C puis disparaître, une thrombocytopénie modérée (diminution du nombre de plaquettes dans le sang entre 50 000 et 100 000 plaquettes / mm3). Je redoutais le moment où la docteure m’annoncerait une transfusion des globules rouges et des plaquettes, mais heureusement cela ne s’est jamais avéré nécessaire.

Parmi la ribambelle de symptômes (dans mon cas) : un équilibre dégradé, une déshydratation générale traduit par une langue toute fripée, diarrhées, nausées, migraine oculaire, de rare hallucinations auditives (impression de bruit de personne à côté de moi, mais en sachant bien que ce n’était pas possible). Je m’obligeais à me lever deux fois quinze minutes par jour afin d’activer mon corps, petits sauts sur place, mouvement de bras et étirement, puis je me recouchais épuisé. Le mouvement, c’est la santé.

J4 : Noy passe me voir avec trois noix de coco fraîches (idéal pour la réhydratation). Je suis extrêmement touchée de cette intention. Thong, Brian et Tom, et ma famille m’écrivent et me téléphonent, ça me remontera le moral tout le long.

Le point commun avec la France, c’est la nourriture de l’hôpital. Au début de la dengue, je m’en foutais, car je n’ai rien mangé pendant trois jours… Puis la faim arrivante, j’ai découvert pour le matin, le midi et le soir, une bonne soupe de riz blanc. J’aurais vendu mon vélo pour une tartine de fromage et de beurre demi-sel.

J5 à J6 : La peau devient légèrement rouge, le taux de plaquette dans le sang continue à chuter. La docteure passe toutes les trois heures pour vérifier si je n’ai pas d’hémorragie dans les organes vitaux. Elle me rassure, car la chronologie des symptômes reste classique. Je deviens hypersensible, le contact du lit est douloureux et les prises de sang ou de tensions me donnent l’impression que mes veines vont exploser.

Les infirmières ratent systématiquement une bonne dizaine de fois ma veine pour les prises de sang, toutes les quatre heures, même la nuit, je mufle. C’est la première fois que j’observe la méthode du « elle enfonce l’aiguille, elle bourre et ouvre la seringue, elle tourne mon bras vers le sol, elle vise au-dessus d’un tube à essai pour récupérer le sang au goutte à goutte » super chelou…

J7 : Une bonne nouvelle, la fièvre a disparu et les plaquettes remontent, la mauvaise et qu’ils me gardent encore quelques jours en observation. J’ai hâte de sortir.

Petit bilan chiffré : assurance ACS globe-trotteur 500 €, 9 jours à l’hôpital 4 000 €. Rien à payer de ma poche, ACS a tout pris en charge. Le calcul est vite fait. Toutefois, j’attends encore de me faire rembourser des dépenses avant et après l’hospitalisation mais le principal a été pris en charge avec une efficacité redoutable.

J8 à J9 : Dans mon lit d’hôpital, j’en profite pour contacter cinq agences tibétaines pour rendre possible mon futur passage de la Chine au Népal. Pour que tout soit possible avec mon visa de seulement 30 jours, je fais des retroplannings à partir du 15 septembre, date à laquelle la saison des treks commence au Népal (j’explique tout dans un prochain post). J’organise jour après jour, les kilomètres à vélo qui me font rêver, les parties moins intéressantes en bus et la partie obligatoire en train jusqu’à Lhassa. Je reprends espoir.

Elle est comme ça la vie. Elle est fleurie, elle est grisonnante. Elle est pimpante, dramatique et virevoltante, et il faut la traverser avec le plus d’authenticité et de curiosité, sans avoir peur de perdre à nouveau pied.

Je me barre du Laos !

En sortie d’hôpital le 14 août, l’accueille me donne un rendez-vous d’analyse de sang dans cinq jours, une éternité ! C’est pour vérifier le retour à la normale des plaquettes et des globules rouges dans mon sang. J’hésite à l’honorer, je n’en peux plus de Vientiane. Un peu de bon sens, car dans un mois, je vais pédaler au-delà des 4 000 mètres d’altitude au Yunnan, encore plus en trek au Népal au Lang Tang qui frise les 6 000 m, et la probabilité d’un MAM (MAl des Montagnes) est directement lié à la proportion de globules dans le sang.

Et surtout, je prends une claque en sortant de l’hôpital, car j’ai l’impression d’être une petite mémé. La chambre que j’ai trouvée est au quatrième et je dois m’arrêter tous les étages pour reprendre mon souffle. Je me dis que je ne vais pas aller bien loin en Chine !   Et bien pas du tout, le 19 août, les analyses sont au top du top ! Le corps est une machine extraordinaire, après cinq jours, c’est reparti à fond la caisse. J’embarque dans le prochain train direction cette ville maudite de Na Mor. Et le 21 août, j’entre en Chine… Un autre monde

Publié par Sandrine

Sandrine ROY | circumnavigating the globe since 2020 and cycling across the continents.

2 commentaires sur « Au fil du Mékong »

  1. Salut from New Zealand Sandrine! Awesome you got to spend some time up close with elephants after Khao Yai! But disaster about the dengue fever- glad you’re ok now and hope it doesn’t cause you any dramas on the next leg!!! Have an amazing time in China and Tibet!! Love from Annabel, Matt, Ryan and Ava (who still have your porcupine quills!)

    1. Hi Annabel and the entire family !

      Pretty cool to receive your message. Since Thaïland so many kilometers under my wheel. I saw recently in Tibet a porcupine quills double the size than gifts for your kids, it is probably impossible to send it throught kiwi customs ahah, but it made me remember our time in Khao Yai. Have a good summer in NZ. Cheers

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